L’affectif

Pour bien gérer les rapports entre les intervenants d’un projet, il est nécessaire de comprendre comment chaque personne fonctionne. Je vais ainsi vous brosser plusieurs portraits types. Évidemment, les collaborateurs avec qui vous devrez travailler ne colleront jamais complètement à ces portraits ; ou plutôt, chaque personne présente des aspects qui peuvent être assimilés à tel ou tel type. À vous de les comprendre et de vous adapter en conséquence.

L’affectif

Si j’ai choisi de commencer par ce profil, c’est parce que nous avons tous une part d’affectif en nous. C’est quelque chose que nous connaissons bien, mais que nous avons parfois du mal à reconnaître ou à accepter chez les autres.

Un « affectif » a tendance à réagir à l’instinct. Quand il a un bon moral, que tout semble se mettre en place favorablement autour de lui, il devient un travailleur efficace et très impliqué. Malheureusement, il suffit d’un petit grain de sable pour stopper la machine.
Un des facteurs les plus importants pour ce genre de personne, c’est la reconnaissance de sa valeur, et donc de son travail. Un affectif pourra se donner à fond, même pendant de longues périodes, tant qu’il sent que ses supérieurs lui en sont reconnaissants et qu’ils apprécient son travail. C’est souvent quelqu’un qui doit être motivé de manière positive continuellement.

À l’inverse, il suffit parfois d’une remarque pour que l’affectif se démotive complètement. Cela peut être juste une question légitime, au sujet d’un bout de code que vous ne comprenez pas ; il aura quand même l’impression que vous pensez qu’il a fait du mauvais boulot. Il existe alors 2 versions, qui aboutissent au même résultat :

  • L’affectif « combatif » décidera que vous avez tort, et travaillera moins ou moins bien par choix. C’est une manière de revendiquer.
  • L’affectif « démoralisé » se mettra à douter de ses capacités et commencera à cogiter, jusqu’à ne plus pouvoir travailler parce que son cerveau est trop occupé.

Un affectif démoralisé sera long et difficile à reprendre en main. Un affectif combatif saura réagir plus vite, mais il faut faire très attention à ne pas jouer son jeu : si le ton monte entre vous, vous risquez d’aller au clash.

Motiver un affectif

Le principe reste le même que pour motiver une équipe de manière générale. Sauf que l’affectif réclame un soin particulier. Il a besoin de sentir qu’il a droit à un traitement particulier, qu’il n’est pas un numéro perdu parmi les autres. Tissez avec lui des liens plus personnels.

Prenez bien soin de le féliciter personnellement à chacune de ses réussites (projet en production, gros morceau de code validé, etc.). Ainsi, il saura que vous attachez une importance particulière à son travail. Faites-le de vive voix, seul à seul ; non seulement cela aura plus d’impact sur lui, mais vous éviterez aussi le regard des autres collaborateurs qui pourraient ne pas comprendre qu’une personne reçoive plus d’égards que les autres.

Quand vous sentez une baisse de régime ou de motivation de sa part, ou qu’il semble mal vivre quelque chose (qu’il est souvent le seul à voir), n’hésitez pas à le prendre entre quatre yeux. Écoutez-le, essayez de comprendre ce qui cloche ; montrez-lui que vous voulez lui rendre les choses plus faciles, mais que cela ne pourra se faire que s’il vous donne en retour toute l’implication dont il est capable.

En cas de problème plus important, n’allez jamais jusqu’au clash. L’affectif en serait marqué durablement et il se mettrait dans un mode passif-agressif totalement improductif. Dans tous les cas, dites-lui que vous n’êtes pas son ennemi ; rappelez-lui toutes les fois où vous l’avez félicité quand son travail était bon. S’il s’est mis de lui-même dans une situation de blocage, amenez-le à admettre qu’il s’y est mis tout seul pour des raisons futiles ou irrationnelles.

Attention aux marionnettes

J’ai déjà travaillé avec plusieurs « affectifs ». La plupart du temps il s’agit de personnes qui ont besoin d’être rassurées quand elles ne vous connaissent pas (cf. Être choisi), mais qui sont très agréables une fois que la glace est brisée.

Il y a toutefois un effet secondaire assez fréquent : les affectifs peuvent s’attacher facilement à n’importe quelle personne qui les brosse dans le sens du poil et leur raconte à longueur de journée à quel point ils sont géniaux.
En soi, ce n’est pas un problème. Le problème n’est alors plus l’affectif, mais le « tireur de ficelles » qui utilisera un jour cette relation affective :

  • Cela pourra être pour faire passer des messages, l’affectif ne pouvant s’empêcher de répéter ce que lui aura dit son mentor, se prenant les foudres que pourrait générer le message, ou faisant croire que le message a plus d’importance qu’il n’en a réellement.
  • Ou bien cela pourra prendre la forme d’un travail réalisé en « sous-marin » pour faire plaisir à son ami, mais qui va rapidement phagocyter toutes les ressources de l’affectif qui prendra du retard sur ses tâches planifiées.

Si vous êtes le manager d’un affectif, assurez-vous d’avoir une relation privilégiée avec lui. Ce n’est pas toujours facile, mais vous perdrez en autorité si c’est une autre personne qui réussit à établir ce lien avec lui.
Si votre supérieur est un affectif, le constat est globalement le même. Montrez-lui que vous l’écoutez et que vous appréciez ses conseils. En cas de désaccord, expliquez tout de suite que vous ne remettez pas en question son autorité, mais que vous voulez avoir un débat enrichissant.

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