Combien ça coûte de créer une entreprise ?

Cela fait maintenant un peu plus de 3 mois que j’ai créé Skriv, et on m’a demandé plusieurs fois combien cela m’a coûté. Il est difficile de donner directement un chiffre, donc je vais essayer de détailler un peu les choses ici, s’entendant que cela ne s’applique qu’à mon cas particulier.

Si l’exercice est un peu délicat, c’est parce qu’il faut séparer deux types de dépenses : celles qui sont absolument nécessaire à la création de l’entreprise d’un point de vue légal, et celles qui sont tout autant indispensables mais qui varient en fonction de votre contexte et de vos choix.

Le capital social

On parle beaucoup du capital social. En France, il doit même être annoncé dans tout un tas de documents légaux, ce qui est étrange parce que cela ne veut pas dire grand-chose. Le capital social représente l’argent qui a été investi dans l’entreprise à sa création ; ou en tout cas une partie de cet argent. Mais à un instant donné, cela ne reflète en rien la santé financière de l’entreprise − qui a très bien pu tout dépenser.

Il y a une petite astuce qui se fait de plus en plus, c’est de limiter le capital social à une valeur assez faible (par exemple 1000 €) ; le reste de l’argent investi dans l’entreprise par ses créateurs est déposé sur le compte courant d’associés. Ainsi, cet argent étant simplement mis à la disposition de l’entreprise, il sera possible de le récupérer par la suite, alors que le capital social appartient à l’entreprise et ne peut pas être repris.

Et le fait que le capital social soit de 1000 € n’est pas un problème lors d’une levée de fonds. Là encore, ce montant est décorrélé de la réalité. Par exemple, j’ai entendu parler d’une startup ayant fait une levée de fond de 2,4 millions d’euros (il me semble), et dont le capital social est alors passé de 1000 € à 1240 €, le restant passant en prime d’émission.

Frais « légaux »

Il y a trois frais inévitables lorsque l’on crée une entreprise.

  1. Pour commencer, il faut faire paraître une annonce légale dans un journal faisant partie d’une liste fournie par votre CCI (Chambre de Commerce et de l’Industrie).
    Personnellement, je suis passé par Le Parisien, qui offre une interface web pour le faire, assez facile et rapide à utiliser. Prix : 118,80 €
  2. Fort de cette parution légale, vous pouvez aller à la CCI pour faire enregistrer votre entreprise. Les droits de greffe sont à payer au Greffe du tribunal de commerce. Prix : 41,50 €
  3. Quelques jours ou semaines après la création de l’entreprise, on reçoit un courrier au sujet de la déclaration des bénéficiaires (actionnaires), avec un nouveau chèque à faire à l’ordre du Greffe du tribunal de commerce. Prix : 54,32 €

Il s’agit là du minimum sans lequel une entreprise ne peut pas exister. Sauf que pour éviter tout problème, il vaut mieux ajouter deux choses en amont :

  • Passer par un avocat pour faire rédiger les statuts de l’entreprise. Un bon avocat passera du temps avec vous pour comprendre votre situation et vos besoins, et adaptera les statuts en conséquence. Je suis très satisfait du travail réalisé par mon avocat, pour un prix plutôt inférieur à la moyenne du marché. Je ne conseille pas de faire rédiger les statuts gratuitement par un comptable ; un avocat saura mieux s’en occuper (du moins c’est mon avis, j’avoue avoir peu de recul sur la question). Prix : 300 €
  • Au moment de déposer le dossier à la CCI, le moindre petit grain de sable amène au refus pur et simple. Il vaut donc mieux faire appel à l’offre d’assistance à la création d’entreprise. Un employé de la CCI vous reçoit alors et passe en revue avec vous les différentes pièces que vous apportez, et répond à vos éventuelles questions. Prix : 60 €

Nous arrivons donc à un total de : 574,62 €

Avec ça, votre entreprise est créée. Maintenant il y a tout plein d’autres frais qui vont se rappeler à vous.

Autres frais

Dans les autres actions à mener, la première à prendre en considération (parce qu’il faut entamer les démarches avant de créer l’entreprise), c’est évidemment l’ouverture d’un compte bancaire professionnel. Et là, les choses sont très variées d’une banque à une autre et même d’une agence à une autre.
J’ai eu la chance d’avoir une offre assez intéressante : Je n’ai pas de frais mensuels pendant un an, seuls les mouvements (entrées et sorties d’argent) se voient « taxés » sur un petit pourcentage. Dans l’ensemble, pour une startup qui va faire peu de chiffre d’affaire au début de son activité, c’est extrêmement intéressant.

Autre chose à laquelle il est impossible de le dérober : il vous faut un comptable. Je suis passé par une offre en ligne. Prix : 82,80 € / mois

La plupart du temps, on a besoin de prendre une assurance responsabilité civile professionnelle. Il ne faut pas hésiter à comparer les tarifs des assurances. Prix : 30 € / mois

Quand on crée une startup, on a besoin d’une visibilité sur le web. Donc il faut acheter un nom de domaine, et payer un certificat SSL.
Pour le nom de domaine, les prix sont incroyablement variables, suivant le type d’extension que vous choisissez (je vous conseille quand même fortement le .com très standard), et si ce nom est disponible ou si vous devez le racheter à quelqu’un. Dans mon cas, j’ai acheté plusieurs noms de domaines (et le domaine skriv.com était mis en vente par une entreprise dont c’est le business, il m’a coûté cher).
Prix minimum : 12 € pour un .com et 36,90 € pour un certificat wildcard

Pour peu qu’une startup soit technologique, on a besoin d’au moins un serveur. On a de la chance, il y a maintenant des offres Cloud vraiment pas chères, c’est très pratique pour commencer. Prix : 3,58 € / mois

Il faudra que j’écrive un jour un article pour parler un peu de propriété intellectuelle. En attendant, si le nom de votre startup ou de votre service est original, il est important d’en déposer la marque à l’INPI. Prix : 210 €

En attendant de pouvoir louer des locaux, vous pouvez aller travailler dans un espace de coworking. J’en ai trouvé un très bien dont j’ai déjà parlé dans un article précédent. Prix : 80 € / mois

Vous pourrez vouloir créer un blog. Il existe un certain nombre d’offres gratuites et payantes, mais la plate-forme qui monte depuis quelques temps (et qui héberge aussi ceux de Bill Gates et de Barack Obama) a un modèle de frais fixe qui se paye une fois pour toute − ce n’est pas un abonnement. Prix : 65,90 €

On a habituellement besoin d’un minimum d’identité visuelle, via un logo par exemple. Là encore les prix sont très variables, depuis l’ami(e) qui vous dépanne gracieusement jusqu’au graphiste qui vous facturera 1500 € (voire beaucoup plus).

Dernier petit détail, loin d’être une obligation mais quand même utile, je me suis fait faire des cartes de visite. Prix : 13,98 €

Total sur un an

Si on additionne tout ça et que l’on multiplie les abonnements mensuels par 12, on atteint un total de 574,62 + 2695,34 = 3269,96 €

Voilà, créer une entreprise, dans le contexte qui est le mien, ça coûte au minimum 3500 euros (j’arrondis).
Sachant que j’ai eu des frais supplémentaires (noms de domaines, incubateur, …) mais que je n’ai pas eu besoin d’acheter de matériel particulier.

À chacun de voir si ce montant semble élevé ou non. Évidemment, ce n’est pas grand-chose comparé au moindre salaire. Même un stagiaire payé le minimum (soit 15% du plafond horaire de la sécurité sociale − au-dessus il faudra payer des charges sociales) vous coûtera entre 500 et 550 € par mois, soit plus de 6000 € par an…

N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez plus d’informations sur les prestataires par lesquels je suis passé (avocat, banque, comptable, registrar, fournisseur de certificat SSL, hébergeur, espace de coworking, plate-forme de blog, graphiste, imprimeur).

Travailler seul : quelques trucs pratiques

Je suis actuellement dans une phase de création de startup, et j’ai été amené à me poser quelques questions d’ordre pratique. Très concrètement, comment faire pour travailler dans des conditions propres à garantir une certaine efficacité, alors qu’on n’a pas beaucoup de budget ?

Ordinateur

La première chose à faire, c’est d’avoir un ordinateur suffisamment performant pour ne pas avoir l’impression de perdre du temps à cause de lui. Ça paraît évident, mais j’ai longtemps eu des ordinateurs “juste suffisants“ ; je suis maintenant bien content d’avoir une machine assez puissante pour que le sujet de me vienne même plus à l’esprit (plus d’info à ce sujet dans l’article que j’avais écrit).

Prévoyez un ordinateur portable que vous pourrez emporter facilement partout où vous aurez besoin de vous déplacer, tout en vous offrant un bon confort de travail. Pensez que la plupart du temps vous devrez vous contenter de l’écran, du clavier et du trackpad de votre ordinateur, sans possibilité de le brancher à un écran, clavier ou souris externe.

Prenez aussi un ordinateur avec un système d’exploitation que vous maîtrisez ; ne perdez pas de temps à vouloir apprendre un nouveau système, votre productivité serait catastrophique pendant trop longtemps.

J’utilise actuellement un Lenovo Yoga 2 Pro âgé de 2 ans (qui n’est plus au catalogue, remplacé par les Yoga 700 et Yoga 900) équipé d’un processeur Core i7, 8 GO de RAM, 512 GO de SSD, et un écran 13,3 pouces 3200×1800 tactile, pour 1,4 kg ; le tout sous Ubuntu Linux.

Téléphone portable

Là encore ça paraît évident, mais ça va mieux en le disant. Parce qu’il faut être réactif, il faut pouvoir être alerté lorsqu’on reçoit un message, même si on n’est pas devant son ordinateur. Et il faut pouvoir envoyer des emails, gérer son calendrier, surfer sur Internet, etc. sans avoir besoin d’ouvrir son ordinateur à chaque fois.

Donc il est important d’avoir un téléphone portable de bonne qualité. Cela veut dire avec un écran assez grand, non seulement pour pouvoir surfer dans de bonnes conditions, mais surtout pour pouvoir utiliser le clavier virtuel sans appuyer sur plusieurs touches à la fois. Cela veut dire aussi avec un processeur assez puissant et une mémoire assez large pour pouvoir passer d’une application à l’autre sans attendre pendant des heures à chaque fois.

Comme pour l’ordinateur portable, vous serez plus efficace avec un système d’exploitation mobile que vous connaissez. Ce n’est pas le moment de switcher entre iOS, Android, Windows Mobile, ou un autre système plus exotique que vous souhaiteriez tester…

J’utilise un Google Nexus 5X sous Android (évidemment). J’aimerais parfois bénéficier d’un écran plus grand, mais je pense que c’est un bon compromis avant de tomber dans la phablet.

Batterie externe

Ça n’a l’air de rien, mais l’autonomie des smartphones est globalement très mauvaise. Impossible de pouvoir compter dessus pendant une journée entière de travail (à surfer, envoyer et recevoir des messages, téléphoner, utiliser le GPS et écouter de la musique). La mauvaise surprise guette toujours à partir de la fin de l’après-midi.
Pour ma part, j’ai toujours deux petites batteries externes dans mon sac, au cas où. Et pensez bien à les recharger régulièrement…

Mais pour aller plus loin, j’ai aussi une batterie externe plus grosse, qui peut alimenter un ordinateur portable. C’est très pratique lorsqu’on doit se retrouver loin d’une prise électrique pendant un bon moment : dans le train ou l’avion, mais aussi lorsque vous allez travailler dans un bar qui ne propose pas de prise − ce qui m’est arrivé un bon nombre de fois l’air de rien…

J’utilise une Maxoak 50000 mAh achetée l’été dernier, et qui semble être toujours au top. Elle peut recharger téléphones, tablettes et ordinateurs portables (prises compatibles avec plusieurs fabricants de PC mais pas pour Apple) et pèse juste 1,3 kg.

Forfait mobile

Un accès à Internet est quelque chose de fondamental de nos jours. Difficile de travailler sans cela. Même quand on code en local, il faut vraiment être dans un avion ou dans un train pour supporter la sensation d’être coupé du monde. Même s’il devient de plus en plus facile de trouver un réseau wifi, je ne compte plus les fois où j’ai été sauvé par mon abonnement mobile 3G/4G, en utilisant mon téléphone comme passerelle.

Tant qu’à faire, un forfait qui permette de surfer en 3G partout dans le monde (ou en tout cas dans les pays où vous êtes susceptibles de vous rendre) est une bonne idée.

Je ne parle même pas du fait d’avoir un forfait illimité, nous sommes maintenant habitués en France à ne plus avoir besoin de faire attention à notre consommation téléphonique. Pour un usage professionnel, c’est absolument nécessaire.

J’utilise le forfait mobile de Free depuis bien longtemps, car c’était l’un des premiers à permettre l’usage en tant que modem pour un prix raisonnable, ainsi qu’à offrir l’illimité dans des pays étrangers où je vais régulièrement.

Si vous avez besoin de plusieurs numéros de lignes différents sur le même téléphone, vous pouvez essayer les applications OnOff ou Grasshopper.

Des outils numériques de base

La base, ce sont des emails, un calendrier, un carnet d’adresse et un stockage de fichiers en ligne. Il existe plusieurs solutions ; si vous voulez échapper aux très connues Google Gsuite ou Microsoft Office 365, vous pouvez essayer Zoho.

Pour l’organisation du travail avec d’autres personnes, la combo gratuite à la mode est actuellement Trello (kanban-board) + Slack (communication temps-réel).

Personnellement, j’utilise Google Gsuite qui s’intègre particulièrement bien avec Chrome et Android, et auquel j’étais déjà habitué à titre personnel. J’ai aussi utilisé Trello et Slack quand le besoin s’en faisait sentir, ils sont efficaces.

Un lieu pour travailler

Certaines personnes sont capables de travailler chez elles. Personnellement ce n’est pas trop mon cas. Je l’ai déjà fait et je continue à le faire régulièrement, mais je sais que ce n’est pas l’endroit où je suis le plus efficace.
Du coup, j’ai testé plusieurs choses : Travailler dans des cafés, dans des restaurants « worker-friendly », dans des espaces de coworking, dans des bibliothèques municipales, dans des bibliothèques universitaires, chez des co-homers, …

Avec le temps, j’ai pris l’habitude de pouvoir travailler à peu près n’importe où. Mais il n’empêche que les cafés et les restaurants sont souvent très bruyants. Les bibliothèques municipales ont des horaires peu compatibles (pas ouvertes tous les jours, ou juste par demi-journées). Les bibliothèques universitaires ont des règles très variables ; en France, elles sont souvent réservées aux étudiants et aux professeurs, ce qui en limite l’usage (alors que j’ai apprécié travailler à la bibliothèque de l’Université de Montréal, qui est ouverte à tous).

Les espaces de coworking ne sont pas tous sur le même modèle. Certains se rapprochent d’un bar/resto et peuvent alors être assez bruyants. Certains se payent à l’heure, d’autres ne proposent qu’un abonnement mensuel, d’autres font les deux.
Sans abonnement, le prix se situe souvent autour de 4 €/heure, ce qui fait un coût élevé si vous comptez y travailler 8 heures par jour, 5 jours par semaine. Les abonnements mensuels en placement libre (sans un bureau dédié) vont habituellement de 250 à 400 € HT/mois.

Sur Paris, il faut remarquer la création récente de La Permanence dans le 5ème arrondissement ; ouverte 24/7, avec des prix extrêmement compétitifs : 1 € à 1,5 € de l’heure, ou 80 € par mois.

Le co-homing consiste pour sa part à aller travailler chez des gens qui mettent leur habitation à disposition. Pour un prix défiant toute concurrence (de 1 à 11 € par jour), ces offres sont souvent proposées par des gens qui travaillent de chez eux et qui préfèrent être entourés d’autres personnes travaillant elles aussi.
Les avantages sont évidents (prix très bas, meilleure concentration qu’en travaillant seul chez soi, rencontres professionnelles), mais il y a aussi des inconvénients : Tout le monde n’aime pas travailler à quatre dans un petit studio ; les disponibilités sont variables suivant la personne chez qui on va travailler, et on peut se retrouver à devoir jongler entre plusieurs co-homers et des espaces de coworking.

Une salle de réunion

Parfois on a besoin de se réunir, que ce soit pour travailler avec un client, avec un fournisseur ou encore un investisseur. Difficile à faire dans un bar ou même dans un espace de coworking, mais heureusement il existe des salles faciles à trouver sur des sites comme BirdOffice. Les prix sont extrêmement variables, mais il est possible de trouver des salles à partir de 20 € de l’heure, moins de 100 € la demi-journée et moins de 200 € la journée.

Un abonnement musical

Bon, ça c’est un peu anecdotique. Mais si vous êtes comme moi et comme beaucoup de gens, vous travaillez souvent avec de la musique dans les oreilles. Il existe un certain nombre de services qui permettent d’accéder à des catalogues impressionnants (Spotify, Deezer, Google Play Music, Apple Music, …) pour un prix assez général de 9,99€/mois.

Pour votre confort et celui des gens qui travaillent autour de vous, pensez à acheter de bons écouteurs ou un bon casque, ce qui non seulement vous isolera bien des bruits extérieurs (ainsi vous aurez moins besoin de monter le volume, vos tympans vous remercieront) mais en plus limitera le risque de gêner les autres.
Chose indispensable de nos jours : Pensez bien à prendre des écouteurs ou un casque avec un micro, ça vous évitera de jongler lorsque vous aurez à prendre une communication audio ou vidéo.

Pour ma part, je me suis abonné à Deezer, après avoir testé Spotify (dont la version web consommait une quantité de ressources mémoire et processeur incompréhensible pour un tel service). J’y trouve la quasi-totalité des groupes que je veux écouter − même les groupes de death-metal mélodique suédois… Et l’application Android fonctionne très bien, donc tout va bien.
Au bureau j’utilisais avant un gros casque Sennheiser Momentum qui offrait un très bon confort d’écoute. En situation nomade, je me contente maintenant des écouteurs intra-auriculaires livrés avec le Nexus 5X.

Stratégie commerciale et univers concurrentiels

Quand on parle de stratégie commerciale, il est intéressant de s’intéresser à la structuration de l’univers concurrentiel auquel on va attaquer. On peut étudier les univers concurrentiels, suivant que le marché étudié soit plus ou moins sensible au volume d’un côté, et à la différenciation de l’autre.

Matrice BCG2

Cette matrice est le fruit du travail du Boston Consulting Group.

 

Univers concurrentiels

Il est assez facile de voir les différences entre ces quatre grands types de marchés.

Marché de volume

Dans un marché guidé par les volumes, les produits se ressemblent tous plus ou moins, pour des prix relativement similaires. Les prix de vente ont alors tendance à diminuer par le jeu de la concurrence, et les marges sont rognées peu à peu. Il est difficile de s’insérer dans ce type de marché, car le seul moyen de générer des bénéfices substantiels est de vendre d’énormes quantités ; il y a donc une « prime d’ancienneté », qui rend la tâche plus aisée pour les acteur qui sont déjà en place. Ce type de marché est gouverné par les coûts, car c’est en les réduisant qu’il est possible d’augmenter la marge ; une entreprise de ce secteur qui n’arriverait pas à être aussi efficace dans ses réduction de coût que ses concurrents sera amenée à quitter le secteur ou à disparaître.

Exemples : l’automobile, l’alimentaire, la cosmétique

Marché fragmenté

Un marché fragmenté présente plusieurs particularités. Les volumes sont plus faibles que sur du marché de masse, avec souvent pour corollaire d’offrir des marges bien plus élevées. Et les produits ou services mis en vente sont clairement différenciés les uns par rapport aux autres, tant dans leurs caractéristiques que dans la manière dont ils sont perçus par les consommateurs.

Exemples : tous les marchés du luxe en général (joaillerie, maroquinerie, mode)

Marché spécialisé

Ce type de marché est assez particulier. Il est sensible aux volumes (guerre des prix, nécessité de vendre en grosses quantités), ce qui indique qu’il s’agit d’un marché mature, dont les bases sont a priori assez anciennes. Mais en même temps, il est sensible à la différenciation, ce qui veut dire que les clients demandent des produits aux caractéristiques uniques. On peut voir cela comme un marché fragmenté dont les produits peuvent bénéficier de grandes économies d’échelle au fur et à mesure que les volumes écoulés augmentent.

Sur ce type de marché, l’objectif principal qui détermine l’utilisation des ressources de l’entreprise est de se construire un avantage compétitif. Cela peut passer notamment par de la R&D intensive.

Exemples : l’automobile premium, le cinéma, le jeu vidéo

Marché en impasse

Il est assez évident qu’un marché dans lequel aucun acteur ne peut espérer tirer son épingle du jeu, que ce soit en vendant de plus grandes quantités ou en essayant de se différencier de ses concurrents, est destiné à mourir. Et de manière évidente, il vaut mieux éviter de s’attaquer à ce genre de marché.

Exemples : vente de charbon, sidérurgie

Sur une création d’entreprise

Il faut avoir en tête deux effets majeurs, qui peuvent être utilisés comme leviers.

Le premier est que les marchés sensibles aux volumes sont l’apanage de grands groupes qui ont construit leur avantage concurrentiel au fil du temps, en menant une chasse aux coûts continue et intensive. Il est difficile de s’insérer au milieu de cela sur un nouveau produit quand on ne possède pas les mêmes économies d’échelle.

Il est plus facile de s’attaquer à un marché fragmenté, car l’évolution naturelle de la concurrence fait que les entreprises se regroupent. Lorsque cet effet s’accélère, les petits acteurs ont tendance à disparaître, renforçant la position des quelques “gros”.
Dans un marché où il n’y a que des “petits” et aucun “gros”, il est plus facile de chercher la croissance et de grossir (quitte à manger des petits si vos ambitions vous l’imposent).

Coûts fixes et coûts variables

Quand on crée une entreprise (ou qu’on dirige une business unit au sein d’une grande boîte),  il est important de comprendre la différence entre les coûts fixes et les coûts variables.

Définition

Pour faire simple, une entreprise a toujours un certain nombre de frais à payer, dans le cadre de son fonctionnement : les salaires, les impôts et taxes, les machines et les logiciels, …

Les coûts variables représentent les dépenses qui augmentent au fur et à mesure que le chiffre d’affaire de l’entreprise augmente.
Les coûts fixes sont constitués par les dépenses incompressibles, qui restent les mêmes quel que soit le chiffre d’affaire.

Version courte : Les coûts fixes, c’est bien ; les coûts variables, c’est pas bien.
(on va voir ensuite que ce n’est pas si simple) Continuer la lecture de « Coûts fixes et coûts variables »

Des visions différentes du commerce

J’ai une petite anecdote à vous raconter.
Comme je l’ai rappelé plusieurs fois sur ce blog, je suis franco-québécois. Récemment, mon cousin Frédéric − qui est québécois − était de passage sur Paris, et il m’a raconter un truc marrant.

Il est allé faire un tour au BHV, pour s’acheter une cravate. Rien d’anormal jusque-là, sauf que la cravate qui l’intéressait était un peu chère à son goût. Ça tombait bien, elle était soldée à -30% pour les détenteurs de la carte BHV, et cette carte est gratuite.

Son premier réflexe a été d’aller à la caisse et de demander à obtenir le rabais malgré qu’il n’ait pas la carte BHV, arguant du fait qu’il est étranger. La caissière lui a répondu qu’elle lui gardait la cravate mais qu’il devait aller au comptoir d’accueil pour faire faire la carte. Le collègue français qui l’accompagnait était prêt à demander une carte, mais il y avait une file d’attente tellement longue qu’ils ont changé d’avis.

Mon cousin a alors appliqué une technique typiquement nord-américaine. Il est retourné voir la caissière et lui a dit «Il y a trop de monde à l’accueil, je ne prendrai pas la cravate». En Amérique du nord, le propos d’un magasin est de vendre ses produits à ses clients ; et donc un magasin similaire aurait fait ce qu’il faut pour lui vendre cette cravate. Là, la caissière du BHV lui a répondu simplement «D’accord» et elle a rangé la cravate. Le fait de vendre ou de ne pas vendre ne fait pas partie de ses préoccupations ; son travail est d’encaisser l’argent de ceux qui veulent acheter quelque chose.
Mais au Canada ou aux États-Unis, une caissière équivalente aurait appelé son manager, qui aurait essayé de trouver une solution. En l’occurrence, il aurait sûrement appliqué le rabais, comprenant qu’on ne peut pas demander à un client étranger de se créer une carte de fidélité gratuite.

Il est quand même intéressant d’analyser les différences dans ces visions du commerce. À mon avis, la manière américaine est plus efficace car elle joue sur deux aspects : Non seulement la vente serait réalisée (et on n’oublie pas que le but d’une entreprise de commerce est de vendre ses produits), mais en plus le client serait satisfait. C’est du gagnant-gagnant.

Il existe des business où le fait de jouer sur l’insatisfaction des clients est utile à la chaîne de création de valeur. C’est souvent le cas dans l’industrie du luxe, qui met en place des stratégies de production limitée ou de pénurie organisée pour générer un effet de désir. Cela permet de satisfaire le client à terme, car il a le sentiment que son acte d’achat lui fait atteindre un statut de privilégiés.
Mais pour la quasi-totalité des commerces, il n’est pas possible de jouer sur cet aspect.

Si on fait un comparatif avec les sociétés d’e-commerce, on peut voir que certaines d’entre-elles ont fait de leur service-client le fer de lance de leur offre. On sait que, pour Amazon ou Vente-Privée par exemple, il est important d’avoir des consommateurs heureux, car ils ne sont qu’à un clic du magasin concurrent.
Mais dans tous les cas, tous les cyber-marchands sont bien conscients que leur métier est de vendre leurs produits à leurs clients.

Faut-il disserter beaucoup plus sur ces différences culturelles ?

Le but d’une entreprise : Être rentable, donc vendre un produit ou un service.
Le principal moyen pour y arriver : Se soucier de la relation avec le client − avant, pendant et après la vente.

Il est important que tous les employés d’une entreprise comprennent quel est le but de leur société, et que toute l’organisation soit tournée vers ce but. Et, évidemment, l’impulsion doit venir d’en haut.

The crazy fucking awesome startup

Comme je le disais précédemment, je suis allé faire un tour au Camping. Et j’y ai vu ça aussi :

The crazy fucking awesome startup has one of these:

  • Product
  • Traction
  • Team
  • Technology
  • Social Proof

Pick 1. Be amazing on this 1

Par contre, là je vais faire un petit commentaire. L’idée derrière le message n’est pas qu’il « suffit » d’être au top sur l’un de ces points pour transformer sa startup en multinationale.  Mais plutôt qu’en étant incroyablement bon sur l’un de ces aspects, cela force à mettre en place des conditions favorables au succès ; charge à vous ensuite de les faire fructifier.

Avoir la meilleure équipe de la planète ne veut pas dire que vous allez réussir à vendre quoi que ce soit ; mais on peut raisonnablement penser que la meilleure équipe de la planète réussira à déplacer des montagnes (pensez à Apple quand il n’y avait que 2 employés : Jobs et Wozniak).
Avoir un produit qui déchire tout n’est pas gage de réussite automatique, mais c’est un bon début pour une startup.
Une startup qui commence à avoir de la traction montre qu’elle est sur la bonne voie ; si elle a une traction de folie, ça veut dire qu’elle a réussi à construire quelque chose de concret.
Si vous avez une communauté d’utilisateurs qui font la promo à votre place, ça ne servira qu’à condition que le reste suive ; mais si c’est le cas, vous avez de l’or entre les mains.

Who is the CEO?

J’ai récemment fait un tour au Camping, l’accélérateur de startups du Silicon Sentier.

Et là je suis tombé sur un message intéressant, scotché au mur :

Who is the CEO?

the one bringing VISION & CULTURE

 

Je vous laisse méditer là-dessus  🙂

Les limites qui n’en sont pas

Assez fréquemment, je vois des logiciels, des produits ou des services qui semblent comporter des limitations étranges, mais qui remportent pourtant un certain succès. Et dans le même temps, je vois passer d’autres logiciels, produits ou services qui sont tellement bourrés de fonctionnalités qu’ils semblent impossibles à prendre en défaut, et pourtant ils ne semblent pas forcément avoir beaucoup de réussite.

Quelques exemples

WordPress ne peut utiliser que des plate-formes LAMP. En soit, rien de très étonnant, c’est plutôt répandu. Mais même si MySQL est la base de données la plus utilisée au monde, on peut trouver étrange que WordPress ne puisse pas utiliser un autre type de base (à commencer par PostgreSQL).

Python est un langage orienté objet dans lequel ont ne peut pas définir la visibilité des attributs et des méthodes ; ils sont « publiques », pour faire une analogie avec les autres langages orientés objet. (oui, les haters, celle-là elle est pour vous ; je vous embrasse)

Basecamp est un logiciel de gestion de projets qui ne propose même pas la notion de sous-projet. Si vous voulez découper un projet, il faut créer… plusieurs projets. Cela va à l’encontre des notions de gestion de projet les plus élémentaires.

La Renault Twingo de 1ère génération n’était disponible qu’avec un moteur essence. Sa conception aurait rendu trop coûteuse l’adaptation d’un moteur diesel. Vu que les français roulent majoritairement en diesel, ça aurait pu nuire à sa commercialisation.

À son lancement, l’iPhone était limité aux réseaux EDGE (pas de 3G) et les premiers forfaits de données n’étaient pas adaptés en France. En plus, il ne gérait pas les MMS, et aucun kit de développement n’a été disponible durant la première année de commercialisation.

Comparée à ses concurrents de l’époque, la Playstation (PS1) imposait des temps de chargement affreusement longs. Et pour sauvegarder les parties, il fallait acheter des cartouches mémoires hors de prix et très lentes d’utilisation.

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Je n’ai aucune prétention en terme de marketing, alors mon analyse est forcément très subjective, prenez-la avec des pincettes.

Pour chacun des exemples que j’ai cité plus haut (et pour tous les nombreux autres que je n’ai pas cité), le succès tient à un nombre restreint de promesses qui sont tenues avec brio.
On en revient au concept de killer feature ou de killer application. Si un produit rencontre du succès, ce n’est pas pour toutes les fonctionnalités qu’il pourrait offrir ; c’est pour une ou deux fonctionnalités vraiment importantes aux yeux des consommateurs.

(au passage : le prix et la simplicité d’utilisation sont des killer features)

De la même manière, un produit peut présenter des défauts par rapport à ses concurrents, et prospérer quand même. L’important est que ses qualités soient plus remarquables que ses défauts.
À la condition évidemment de ne pas avoir de “killing feature”, c’est-à-dire un défaut tellement rédhibitoire que le produit fera fuir les clients, quelles que soient ses autres qualités.

Tout ceci converge vers le discours habituel : Quand vous créez un produit ou un service, attachez-vous à en extraire le cœur. Quand vous l’avez défini, prenez soin de le réaliser à perfection, et retirez tout le reste.
Oui, il vous manquera des choses par rapport aux concurrents. Mais demandez-vous si cela est un réel handicap, ou si vous ne pouvez pas plutôt porter encore plus haut la promesse initiale de votre création.