Durée d’étude et expérience professionnelle

Il existe globalement 3 types de filières de formation :

  • Les études «classiques», en université ou en école d’ingénieur, sur des cursus cours (2 ou 3 ans) ou longs (5 ans).
  • Les études en alternance, avec différentes formules sur des rythmes très cadencés (4 jours en entreprise / 1 jour à l’école) ou très séquencés (3 semaines en entreprise / 1 semaine à l’école).
  • L’autoformation (il ne faut pas négliger les autodidactes, il y en a de très brillants).

Oui, je sais, je simplifie beaucoup les choses, mais c’est pour le bien de mon propos.

Intéressons-nous aux deux premiers types d’études. Elles comportent, l’une comme l’autre, des périodes d’enseignement scolaire magistral (cours en amphi, TD), des périodes d’application pratique (projets) et des périodes de découverte du milieu professionnel (stages ou apprentissage). La seule différence, c’est l’équilibre qui est tenu entre ces trois aspects.
Si je continue à schématiser, ça donne quelque chose comme ça :

  • En université, les cours magistraux forment l’essentiel de la formation.
  • En école d’ingénieur, les projets sont souvent prépondérants, ou tout au moins très importants.
  • En alternance, c’est l’expérience acquise en entreprise qui constitue la majeure partie du temps de formation.

Notez bien que je ne porte pas le moindre jugement sur ces différences. J’en parlerai peut-être dans un autre article, mais ce n’est pas le sujet pour le moment. Sachez juste qu’ayant passé 3 ans à la fac, 4 ans en école d’ingénieur, pour avoir embauché des informaticiens de tous profils et pour avoir donné des conférences dans des établissements assez différents, j’ai une vision assez précise de tout ça.

La chose qui ne cesse de m’étonner, c’est la perception que les informaticiens ont de leurs cursus, et comment ils les présentent lors des entretiens d’embauche.

  • Les universitaires vont évidemment mettre en avant leurs connaissances théoriques, mais pas tant que ça. Sûrement estiment-ils que c’est une chose naturelle ou évidente. Par contre, ils tentent souvent de valoriser leurs stages comme s’ils y avaient travaillé sur des technologies de pointe, même lorsqu’ils ont passé 3 mois à faire du développement Java dans une SSII.
  • Les ingénieurs ont trop souvent la grosse tête, à force de se faire répéter à longueur d’année qu’ils font partie d’une élite et que leur formation surpasse toutes les autres. À ce titre, ils parlent beaucoup de leurs réussites personnelles dans l’exécution des projets qu’ils ont eu à réaliser. Ils sont poussés à trouver des stages de fin d’études innovants et n’hésitent pas à en rajouter un peu à ce niveau.
  • Les “apprentis”, pour leur part, n’ont grosso modo que leur expérience professionnelle à faire valoir. Tout du moins, c’est ce qu’ils imaginent, car leurs discours tendent souvent vers une survalorisation de leur temps en apprentissage. Bien souvent, quelqu’un ayant un diplôme BAC+3 dont 2 années en alternance essayera de se vendre comme ayant 3 années d’étude et 2 années d’expérience professionnelle.

Au final, ces exemples ne sont pas si caricaturaux que cela. J’ai rencontré tellement de candidats qui tombaient dans un piège ou un autre…

Quelques réflexions en vrac :

  1. Il est ridicule de vouloir faire croire qu’une formation en alternance est équivalente à une formation classique de durée équivalente ajoutée à une expérience professionnelle à temps plein de la même durée. Parce que les formations classiques contiennent toutes entre 6 et 18 mois de stages en entreprise, et que cela n’est pas compté «en double».
  2. Vouloir à tout prix présenter un stage comme ayant été une expérience particulièrement novatrice n’est pas toujours une bonne idée. Un recruteur cherche des compétences qui lui seront utiles au quotidien. Avoir été «là où aucun autre être humain n’est allé auparavant» (un peu comme dans Star Trek) est satisfaisant pour l’égo, mais n’a jamais révélé des qualités utilisables en dehors d’un laboratoire de recherche.
  3. Quelle que soit la formation suivie, elle n’est que la graine de savoir que chacun de nous doit faire germer de son propre chef. Au final, peu importent les cours suivis, les projets réalisés ou les entreprises auxquelles on a été confronté, seuls comptent les compétences que nous avons, l’intelligence que nous aurons dans leur mise en œuvre, et le potentiel d’évolution que nous pouvons démontrer.

Alors petit conseil pour tous les informaticiens qui défilent dans mon bureau : Arrêtez d’essayer de vous faire passer pour ce que vous n’êtes pas. Je veux savoir qui vous êtes, et je finis toujours par le savoir (que ce soit en discutant, en faisant passer des tests techniques, en vérifiant vos références, …). Si vous êtes celui qu’il faut pour le poste, je vous embaucherai ; si ce n’est pas le cas, cela ne sert à rien de vouloir vous faire passer pour quelqu’un d’autre, à part nous faire perdre notre temps à tous les deux.

6 réponses sur “Durée d’étude et expérience professionnelle”

  1. Bonsoir,
    J’ai tendance à me placer plutôt informaticien que recruteur, certes. Perso pour moi tout va bien pour le moment, 5 ans d’ancienneté et en CDI, et j’ai trouvé rapidement après mes études.
    Mais je pense que par ces temps où il est difficile de trouver du boulot (même si en info c’est un tout petit peu moins vrai que dans d’autres domaines) en ayant à la fois les 10 ans d’expérience demandées dans l’annonce et les études qui viennent d’être terminées, il ne faut pas se plaindre que les candidats fassent valoir le moindre brin d’herbe qu’ils aient découvert.
    Du côté des annonceurs, on voit très bien le schéma inverse, et on pourrait leur demander + d’honnêteté dans ce qu’ils recherchent.

  2. Mon point était surtout de constater la manière dont les gens se voient et se « vendent ». Et surtout, de dire qu’on ne peut pas valoriser les périodes de stage (ou d’alternance) comme valant comme période d’étude + expérience professionnelle ; c’est mathématiquement indéfendable.
    Il est certain qu’à qualités strictement équivalentes, le candidat qui a le plus d’expérience en entreprise aura un avantage.

    Après, il y a des recruteurs de mauvaise foi, comme il y a des candidats imposteurs. Ce n’est qu’une petite minorité, mais c’est toujours très désagréable d’en rencontrer.

  3. Bonjour Amaury,
    Et bien dis donc, ton rôle de recruteur te travaille !
    Je suis plutôt d’accord sur ce qui est avancé ici, sauf sur un point, et je voudrais savoir ta position.

    Je m’interroge sur les profils « qui ont une expérience chez un labo de Star Trek » : même si ceux là ns’e s’intègrent pas forcément à 100% dans ta politique de recrutement, ne penses-tu pas qu’à court, moyen et long terme, ils peuvent impacter positivement l’esprit d’innovation d’une équipe ? Assurer une veille pertinente, tout en ayant un regard sur les projets quotidiens de l’entreprise, peut s’avérer intéressant pour toute entreprise dont l’effectif n’a pas le temps (ou l’envie) de se consacrer à de telles approches ?t

  4. Oui, effectivement, le recrutement m’occupe pas mal, et j’en profite pour vous faire partager mes observations et mes inquiétudes 🙂

    Le fait de travailler sur un projet innovant est très positif pour une carrière. Ainsi, il est préférable de choisir un stage de fin d’étude qui aille dans la direction de la carrière que l’on veut suivre, mais qui ait pour thème un sujet à la pointe de la technologie. C’est toujours intéressant pour un recruteur.

    J’ai d’ailleurs un de mes anciens stagiaires, avec qui j’avais pris beaucoup de plaisir à travailler, qui bosse maintenant dans un labo sur l’optimisation des compilateurs. Donc rien n’est impossible.

    La seule chose à laquelle il faut faire attention, c’est qu’on n’attend pas les mêmes qualités d’un chercheur et d’un informaticien qui doit faire du développement en équipe. Il y a de grandes différences entre la recherche, la R&D et le développement.
    Alors il faut prendre soin d’adapter sa présentation en fonction du contexte.

  5. salut,
    il manque une dernière filière de formation:
    – cours du soir et VAE

    il faut la différencier de l’auto-formation car elle est plus « propre » (grâce aux cours), ce n’est pas non plus de l’alternance car l’expérience est réel (c’est bien 5 jours par semaine au taf).
    Les cours permettent de consolider la base, de comprendre les principes (ce qu’on ne peut pas faire au taf) et donnent des axes de recherche pour la veille techno.
    De l’autre coté au taf, on voit la réalité, on peut mettre en pratique très vite ce qui vu en cours et surtout en cours on recherche quelque chose d’utile pas quelque chose à mettre sur le CV.

    Je prêche pour ma paroisse (je suis inscrit au CNAM) mais ce type d’ingénieur connait le taf des gens qu’il va diriger, il pourra mieux les encadrer et, à leurs yeux, aura aussi une meilleur légitimité.
    Enfin pour l’employeur, c’est quelqu’un qui est motivé et cherchera à progresser.

    Ps: bravo pour le blog 😀

  6. Tout à fait d’accord. Je dirais même plus, les informaticiens qui font ce genre de formation sont habituellement des gens avec plusieurs qualités. Non seulement ils ont déjà une certaine expérience professionnelle, ce qui leur donne une vision assez claire des réalités du monde de l’entreprise ; mais ils ont le courage et l’envie de mener des études, et Dieu sait que c’est difficile de suivre une formation d’ingénieur en cours du soir.

    Mon article ne cherchait pas à être exhaustif, d’autant que ce genre de profil se rencontre au final assez rarement (par rapport aux autres types de formations).

    Le seul point sur lequel on ne va pas être totalement d’accord, c’est que j’estime que tous les ingénieurs − quelle que soit leur formation − doivent connaître le travail des gens qu’ils vont diriger. Comme je l’ai toujours dit, les mauvais développeurs ne font jamais de bon chefs de projet. Et ceux qui pensent qu’ils vont directement encadrer une équipe de 10 personnes en sortant de leur école, ils ont souvent de grandes désillusions.

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