De geek à directeur technique

Le blog d'un geek devenu directeur technique

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dimanche 30 mai 2010

Livre : Public Speaking in an instant

Comme vous le savez, j'ai présenté plusieurs conférences ces derniers mois. Cela m'a amené à m'intéresser aux livres traitant de la prise de parole en public. Comme pour n'importe quel autre sujet, il y a toujours quelque chose à apprendre ; même ceux qui se sentent naturellement à l'aise devant un auditoire peuvent bénéficier du retour d'expérience de ceux qui font ça fréquemment.

Parmi les différents livres auxquels je me suis intéressé, il y en a un que je veux vous conseiller : Public Speaking in an instant, 60 ways to stand up and be heard

Les qualités principales de ce livre :

  • Il est court, à peine 150 pages. Pas de bla-bla inutile, le style est simple et direct. On sent bien que les auteurs ont l'habitude de faire des présentations.
  • Il est pratique et utile. Ce n'est pas une énième ode au charisme de Steve Jobs ou un traité d'art graphique. Chacun des 60 mini-chapitres donne des explications, des astuces, des idées qui aident et inspirent quand on doit parler en public.

Le bouquin commence par expliquer comment aborder une audience. Puis explique comment construire son discours, comment préparer son introduction, capter l'attention dès le début d'une présentation, pimenter son propos, conduire une séance de questions-réponse, ... Il donne tout un tas de trucs et astuces : utiliser des jeux de rôles, faire participer l'audience, ajuster le ton et le volume de sa voix, amuser et motiver l'audience, et ainsi de suite.

Surtout, tout au long de ces chapitres, ce petit livre vous apprend à raconter une histoire qui captera l'attention de vos auditeurs. Bizarrement je n'avais rien trouvé de tel dans les autres livres que j'avais lu jusqu'ici.

Chose intéressante, certains chapitres sont consacrés à des aspects moins «glamours» (et donc souvent éludés) : Comment faire un toast lors d'un banquet, comment se comporter à la télévision ou à la radio, quelles sont les spécificités d'une vidéoconférence à distance, comment gérer les problèmes techniques, etc. C'est aussi ce qui en fait un traité presque universel sur le sujet. Et même si ces perspectives de vous concernent pas, cela reste des conseils judicieux à connaître et à adapter.

Si vous devez parler en public, ne serait-ce qu'une seule fois dans votre vie, et que vous voulez vous préparer un minimum, ne vous jetez pas sur tous les énormes livres qui existent sur le sujet. Commencez par celui-ci. Il est petit, rapide à lire, pas cher. On peut le garder dans le sac, pour y jeter un coup d'œil au dernier moment «au cas où».
Et si vous voulez appronfondir par la suite, il sera toujours temps de consulter d'autres ouvrages. Mais passer à côté de celui-ci serait une énorme erreur.

vendredi 14 mai 2010

Passage par le Québec (suite)

Plus de précision par rapport à mon message précédent.

Voici mon programme de conférences :

  • UQÀM (Université du Québec à Montréal) : Le mardi 18 mai à 09h15, pavillon des sciences biologiques, salle SB-M210.
  • SupInfo : Le mardi 18 mai à 17h00.
  • Université de Montréal : Le vendredi 21 mai à 10h30, salle S-144, pavillon Roger Gaudry.

Je ferai ma conférence intitulée «De geek à directeur technique». À l'Université de Montréal, je poursuivrai avec une présentation des systèmes répartis en environnement web.

N'hésitez pas à venir y assister si vous êtes étudiants dans l'une de ces universités (ou école d'ingénieur dans le cas de SupInfo).

jeudi 13 mai 2010

Améliorer les flux d'information

J'ai entendu récemment un échange qui m'a amusé, entre un oncle et une tante.
Elle de dire :

Mais tu ne m'écoutes pas ?

Et lui de répondre :

Je ne peux pas, tu parles tout le temps !

Derrière cette blague potache, on peut toutefois discerner une vérité universelle. Dans un flot incessant de communication, il devient difficile de faire le tri entre les informations pertinentes et celles qui ne le sont pas.

Dans le monde de l'entreprise, cela est d'autant plus vrai que le nombre d'interlocuteurs est souvent bien plus grand que dans le cadre plus restreint de la sphère familiale proche. Chaque nouvel intervenant sur un projet communique à son tour en direction de toutes les autres personnes concernées, ce qui démultiplie les échanges.

C'est toujours pareil

J'imagine que cela a dû vous arriver, d'effacer plusieurs dizaines d'emails que vous aviez reçu dans la même journée, et qui ne véhiculaient aucune information réellement utile pour vous. Et si vous réfléchissez bien, vous vous souviendrez que vous en avez vous-même envoyé un certain nombre dans la même journée.

Pourquoi envoie-t-on ce genre d'email ? Les raisons habituelles sont, en vrac :

  • Pour transmettre l'information à tous ceux qui pourraient en avoir besoin.
  • Pour élargir une discussion, s'assurer que notre désaccord avec Untel sera connu de tous.
  • Pour faire passer ses choix en douce («Comment ça tu n'es pas au courant ? Je l'ai proposé dans un email il y a 3 semaines et tu ne m'as pas dit non !»).
  • Pour se couvrir, en rejetant la faute sur les autres («Ça fait 2 mois que je vous préviens qu'on n'y arrivera pas, à raison de 15 emails par jour !»).

Et quand ce n'est pas par email, ça peut prendre la forme de blogs ou de forums d'entreprise dont le rapport signal/bruit décroit au fur et à mesure que la quantité d'information échangée augmente.

Le pire, c'est qu'on a tous fini par s'habituer à cet état de fait. On a l'impression que c'est comme ça depuis toujours, et il n'y a aucune raison pour que ça change.

Mais on peut éviter ça

Toutes les entreprises devraient pourtant essayer de contrer cette vague incontrôlée de communications inutiles. Parce que le temps perdu par le traitement de ces informations finit par générer des coûts injustifiables.

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'y a pas obligatoirement besoin d'une politique d'entreprise globale. Chacun peut commencer par mettre en place des habitudes différentes avec juste ses collègues les plus proches ou son équipe de projet.

La méthode tient en quelques points simples :

  1. Avant de transmettre une information, demandez-vous :
    1. Est-ce le destinataire en a vraiment besoin. S'agit-il d'une information nécessaire pour accomplir son travail ?
    2. Est-ce que le vecteur d'information est le plus adapté ? Les échanges d'emails ne sont pas adaptés aux assignations de tâches ni aux partages de documents.
  2. Faites ce qu'il faut pour que l'information soit rapidement identifiable par son destinataire :
    1. S'il s'agit d'un email, donnez-lui un titre explicite, et préfixez-le avec le nom du projet concerné. Sur d'autres systèmes d'information, utilisez intelligemment les labels ou tags disponibles.
    2. Synthétisez le contenu de ce que vous voulez transmettre. N'imposez pas aux autres de devoir lire une prose de trois kilomètres de long, ou de devoir relire un échange de 25 emails pour comprendre de quoi il en retourne.

Mon expérience

Évidemment, ce n'est pas toujours facile de simplifier les échanges. On se retrouve parfois dans des situations cocasses, avec des personnes qui se sentent offensées de ne pas avoir été mises en copie d'un email qui ne leur servait à rien, ou d'autres qui déploient des trésors d'ingéniosité pour couvrir leurs arrières de manières nouvelles et originales (comme par exemple en utilisant la "politique de réduction" pour justifier l'absence d'information sur le retard pris par leur projet, alors que plusieurs réunions auraient permi de le faire de toute manière).

De mon côté, je demande à ce que les emails qui me sont envoyés soient préfixés par le nom de projet entre crochets (c'est une convention très répandue). Quelques exemples :

  • [IT] Problème serveurs résolu
  • [ComprendreChoisir] Ajout fonctionnalité de tri sur page produits ?
  • [corporate] On n'a plus de PQ

Je préviens régulièrement mes interlocuteurs qu'un message mal titré sera lu avec beaucoup de retard. Ce n'est pas une volonté de ma part, c'est juste que j'ai au final assez peu de temps à consacrer à mes emails, et je me retrouve parfois plongé dans du boulot jusqu'au cou pendant plusieurs heures. Un message mal titré n'éveillera pas ma curiosité, et risquera d'être lu seulement en fin de journée.

Par ma place de directeur technique, un grand nombre de messages "informatifs" me sont envoyés, qui ne sont là que pour me permettre de garder un œil sur la progression des projets. Je n'y vois pas d'inconvénient, dans la mesure où ces messages ne sont pas prioritaires (ils ne seront peut-être pas lus) et que les mêmes informations arrivent jusqu'à moi lors des réunions quotidiennes que je fais chaque matin avec mon équipe.

Mais j'essaye d'inciter l'ensemble des personnes de mon équipe à réduire la quantité de messages échangés, et à se poser les quelques questions que j'ai cité plus haut. Cela prend du temps, mais c'est utile.

lundi 26 avril 2010

Encore un peu de délégation

Il y a quelques temps, je vous parlais d'un lecteur de ce blog que j'ai aidé à identifier comment il pouvait ne plus être un goulot d'étranglement (j'ai tenté, en tout cas). Un des points les plus importants de mes conseils − le premier de tous, en fait − concernait la délégation.

Nous avons échangé quelques emails par la suite, et je voudrais vous en rapporter la teneur. Pour simplifier, disons que j'ai voulu le convaincre de la réelle nécessité de confier ses tâches.

Quelques morceaux choisis :

  • «Le message n'est pas “tu ne dois pas être seul responsable d'un projet”, mais plutôt “tu ne dois jamais être le responsable d'un projet”. Ça me semble vraiment important si tu veux pouvoir apporter ton expertise sur un projet qui le nécessite, sans pour autant stopper tous les autres projet pendant ce temps.»
  • «Ton entreprise cherche à gérer un nombre de projets croissant au fil du temps. Ce développement (commercial) ne peut pas être lié uniquement à l'augmentation de tes heures travaillées. Une fois que tu bosseras 24h/24, tu feras comment pour traiter de nouveaux clients ?»
  • «La confiance des clients repose sur toi, oui. Et pour garder cette confiance, il faut qu'ils sachent que tu peux intervenir sur leur projet à tout moment si c'est nécessaire. Mais ça ne veut pas dire que l'intégralité des aspects de tous les projets doivent être gérés par toi au quotidien.»

Quelques exemples de délégation

1. Quand Alain Prost a créé son écurie de Formule 1 (ce n'est pas un très bon exemple, vu qu'elle a coulé, mais vous voyez ce que je veux dire), tout ça reposait sur son nom et son image. Mais il ne pouvait pas s'occuper en même temps de la recherche de sponsors, des stratégies de course, du développement de la voiture en cours d'utilisation, du programme de création de celle de l'année suivante, du recrutement du personnel, du remplacement du papier-toilette, ...
Même si c'était lui qui était "à la barre", tout le monde sait qu'il avait un directeur commercial, un directeur de course, un responsable des essais, un directeur technique, ...

2. Un grand chef cuisinier ne peut pas être tout le temps derrière les fourneaux. Ne serait-ce que parce qu'ils ont souvent plusieurs restaurants. On sait pertinemment qu'ils ont plusieurs sous-chefs dans chaque restaurant, et que ce sont eux qui gèrent en direct les cuisiniers et les commis en cuisine. L'important, c'est que le nom des grands chefs est un gage. Un gage de quoi ? De sérieux dans la formation des cuisiniers, d'expertise dans le choix des aliments, d'originalité dans les recettes des menus proposés. On estime qu'ils suivent d'assez près ce qui se passe dans leurs cuisine, pour garantir que les plats qui en sortent sont tous quasiment-comme-s'il-l'avait-cuisiné-lui-même.

3. Les grands couturiers sont connus pour leurs "petites mains" qui cousent à leur place. C'est assez logique : Ce qu'on leur demande, c'est de dessiner de beaux modèles, de choisir de beaux tissus, de sentir les tendances, de créer ce qui va être la mode de demain.
On ne s'attend pas à ce que Jean-Paul Gaultier ou Christian Lacroix cousent eux-même les vêtements qu'ils vendent. Par contre, ceux qui mettent le prix y voient des garanties quant à la qualité factuelle de ce qu'ils achètent et y sentent la "patte" du maître.

Concrètement, ça donne quoi ?

Pour bien me faire comprendre, je fais un petit parallèle entre une entreprise et un orchestre philharmonique.
Imaginons 3 professions d'un côté : violoncelliste, violoniste soliste, chef d'orchestre.
Imaginons 3 autres professions : développeur, architecte logiciel, chef d'entreprise.
N'y a-t-il pas une certaine similitude ? Certains chefs d'orchestre sont tellement talentueux que les gens viennent spécifiquement à leurs concerts. Pourtant, le chef d'orchestre ne peut rien faire tout seul (à part faire un long solo de triangle très ennuyeux, peut-être).

Je suis persuadé que c'est la même chose pour une entreprise. Déléguer tous les projets ne veut pas dire de ne pas s'en occuper. Au contraire, ça veut dire qu'on se donne les moyens pour pouvoir agir dessus quand il le faut, dès qu'il le faut, sans être pollué par le "quotidien" des projets − et sans que les projets ne prennent de retard dès qu'on doit consacrer toute son énergie à l'un d'eux.

En déléguant la gestion des projets, ils continueront à vous phagocyter autant qu'avant, dans un premier temps. Puis vos collaborateurs monteront en compétence, ils essaieront de traiter eux-même les problèmes, parce qu'ils se sentiront attachés aux projets dont ils auront la responsabilité. Plus le temps passera, plus ils seront compétents. Parce qu'ils seront responsabilisés.

Et surtout, c'est aux chefs de projet de faire avancer les projets. C'est à eux d'identifier les soucis et d'aller voir leur boss pour faire appel à son expertise. C'est à eux de détecter les points de blocage, même si c'est leur responsable qui a la légitimité de choisir les solutions de déblocage. Évidemment, c'est au chef d'entreprise de surveiller de près si tout se passe bien, si les délais sont respectés et que la qualité est bonne.

Et ça, vos clients sont prêts à l'entendre. Ils ne s'attendent pas à ce que le patron soit le seul à travailler sur leur projet. Ils s'attendent à ce qu'il garantisse le résultat, et qu'il soit leur interlocuteur en cas de besoin.

mardi 20 avril 2010

Si on ne peut pas l'imprimer, ça n'existe pas

J'ai entendu cette réflexion («Si on ne peut pas l'imprimer, ça n'existe pas») durant une réunion qui avait pour thème les nouveaux tableaux de statistiques que nous sommes en train de mettre en place dans mon entreprise. Elle m'a semblé assez intéressante pour la partager ici.

Nous réfléchissions aux différentes statistiques dont nous avions besoin pour suivre efficacement l'évolution de la communauté formée par les visiteurs des sites Web que nous éditons. Nous pensions à plusieurs moyens d'organiser les choses et les chiffres, en nous demandant comment nous pourrions les exploiter au mieux.
L'un des points de discussion sur lequel nous butions était la manière de présenter les données au fil du temps. Sur des périodes glissantes ou calendaires, avec des chiffres découpés ou cumulatifs, à partir d'une date modifiable ou de la date courante....

L'une des propositions était de récupérer des chiffres relativement bruts, avec plusieurs critères de choix qui nous permettraient de croiser les recherches. Cela peut sembler assez séduisant : ainsi, il serait possible d'obtenir toutes les informations que l'on pourrait souhaiter, sans pour autant tout redévelopper à chaque fois.
Le problème avec une solution de ce type, c'est que les données doivent être consolidées "à la main". L'opérateur humain se retrouve obligé de devoir choisir lui-même différentes périodes pour obtenir les chiffres correspondant, puis porter tous ces chiffres sur des tableaux synthétiques. C'était donc clairement une mauvaise idée.

C'est finalement évident quand on y pense : un outil de statistiques doit permettre de suivre des tendances, des évolutions au fil du temps. Pour y arriver, il faut que l'information soit visible d'un coup d'œil, elle ne devrait pas nécessiter des traitements supplémentaires. Sinon, autant donner directement un accès à la base de données et laisser les opérateurs saisir des requêtes SQL !

J'en parle ici parce qu'il me semble que c'est une idée qui peut être généralisée. Tous les supports qui nous servent à travailler devraient être imprimables et collables au mur.

Dans mon entreprise, les statistiques de visites de nos sites sont imprimées et collées à un mur. Tout le monde peut voir l'évolution de notre trafic et ces courbes rattachent à la réalité, apportent un côté concret qu'il n'est pas toujours évident de percevoir quand on travaille sur des sites Web.

J'ai un ami qui me racontait que, dans son entreprise, ils ont un grand panneau sur lequel ils collent des post-it correspondant aux bugs, aux développements en cours et aux futures fonctionnalités, avec des couleurs différentes. Ça a l'air un peu idiot, très "low-tech", mais il semblerait que c'était assez efficace. Dès qu'un développeur se pose une question, il lui suffit d'aller dans la salle de réunion et de jeter un œil sur la représentation géante de l'état du projet.
L'idée est intéressante et mérite d'être creusée.

Quand on réfléchit à l'ergonomie d'un logiciel ou d'un site Web, on peut assez vite se perdre dans les méandres d'une spécification textuelle dont il est difficile de se faire une représentation en tête, et encore plus difficile à faire évoluer. J'ai vu des situations se débloquées en imprimant le wireframe d'une pages Web, permettant à tous de discuter en se basant sur une représentation partagée par tous.

J'hésite à multiplier les impressions d'indicateurs diverses. La principale raison est écologique (pour tout dire, je suis un gros consommateur de papier de brouillon, et je traque la moindre feuille à recycler ayant encore un verso blanc).

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