Qu’est-ce qui cloche avec le travail à distance ?

Depuis plusieurs années, le travail à distance semble être une sorte de remède miracle à la plupart des maux rencontrés dans les entreprises high-tech. Si, comme moi, vous lisez des blogs de développeurs, freelancers, graphistes, créateurs d’entreprises et autres donneurs de bons conseils (en majorité anglo-saxons, mais pas seulement), vous pourriez avoir l’impression que la Terre entière a compris les avantages de faire travailler les gens de chez eux.

Pourtant, on assiste récemment à un lent glissement vers une perception un peu différente des choses, comme relaté récemment par Eli White sur son blog (Where has all the remote work gone?). J’aurais tendance à dire que les gens reviennent à la raison après une période d’euphorie irrationnelle.

Essayons d’analyser tout cela posément.

Les avantages du travail à distance

Il est indéniable que le fait de faire travailler ses salariés de chez eux comporte un certain nombre d’aspects positifs. Habituellement, les défenseurs de cette pratique en mettent trois en avant :

  • Productivité. En étant physiquement éloignés les uns des autres, les collaborateurs sont moins enclins à se déranger les uns les autres. Une fois la principale source de distraction éliminée, il est plus facile de se concentrer sur les tâches qui réclament de l’attention, et on abat plus de travail.
  • Organisation. À partir du moment où plusieurs personnes doivent travailler sans être physiquement au même endroit, il faut pallier à toutes les interactions non formelles qui servent habituellement à faire avancer le travail. En supprimant les fameuses «discussions à la machine à café», on est forcé de documenter correctement toutes les prises de décisions et on est obligé de mettre en place des outils de communication efficaces.
  • Flexibilité. Quand une entreprise s’organise de manière à permettre le travail à distance, ses employés peuvent adapter leurs horaires en fonction de leurs besoins et de ceux de l’entreprise. Peu importe quand le travail est fait tant que le résultat est là, non ? Les collaborateurs sont plus heureux, donc ils sont plus efficaces.

On peut toujours ajouter d’autres avantages, qui sont peut-être moins évidents au premier abord mais qui peuvent être importants dans certains contextes : Réduction (ou élimination) des locaux, simplification des questions de cantine/chèque-restaurant, économies sur les besoins matériels.

Les origines du travail à distance

Je n’ai aucunement la prétention d’avoir fait des recherches poussées au sujet des origines du travail à distance. Je ne livre ici que la perception − très très subjective − que j’en ai. Continuer la lecture de « Qu’est-ce qui cloche avec le travail à distance ? »

Pas de productivité miracle

Il existe un grand nombre de soit-disant « méthodes », qui sont censées nous enseigner tout ce que nous avons besoin de savoir pour augmenter notre productivité de manière incroyable. Qu’ils s’agisse de livres ou de sites web, vous les trouverez sous des noms plus tentants les uns que les autres : « 101 trucs pour booster votre productivité« , « Travaillez à 400%« , « Soyez 10 fois plus productif« .

Évidemment, il existe des vraies méthodes d’organisation personnelle qui permettent d’augmenter notre efficacité et donc notre productivité, comme la très connue méthode GTD.

Il faut comprendre la différence entre ces deux approches.
Les méthodes d’organisation personnelle offrent des outils qui aident à faire les bons choix dans le traitement des tâches qui nous incombent. Elles se focalisent principalement sur la définition et l’identification des priorités, et le tri rapide des tâches. Leur efficacité est réelle, même si elle est inversement proportionnelle à l’organisation « naturelle » de la personne qui en applique les principes.

A contrario, les méthodes de « productivité miracle » font miroiter la possibilité de traiter plus de tâches sur la même période de temps.
Cela peut être atteint en agissant sur deux fronts : traiter les tâches plus rapidement, et réduire les périodes non consacrées au travail directement productif. C’est très honorable, et au final assez naturel quand on essaye d’optimiser notre productivité. Mais espérer multiplier sa productivité par 3, 4 ou 10, semble plutôt naïf.

  • La plupart du temps, quand on traite une tâche on le fait avec une efficacité relativement satisfaisante. Même s’il est toujours possible d’améliorer les choses (par exemple en supprimant les éléments perturbateurs, afin d’améliorer la concentration), il est souvent vain de vouloir traiter une tâche deux fois plus vite que d’habitude. On est surtout sûr de la traiter deux fois moins bien.
  • Réduire le temps non productif est une très bonne idée. Une partie de ce temps est nécessaire et relativement incompressible : tout le temps qu’on passe en formation (à en donner et à en recevoir), à réfléchir à des spécifications, à encadrer son équipe, …
  • Reste le temps pendant lequel on se gratte la tête, on joue avec des trombones, on touille son café, on va lire le journal au toilettes… Hum. Même en imaginant que vous perdiez ainsi 2 heures par jour (grosse feignasse !), et en espérant diviser ce temps par trois − ce qui constitue déjà un bonne optimisation − vous ne gagnerez que 40 minutes par jour. On est loin de la productivité décuplée !

Donc oubliez les solutions miracles. Faites votre boulot posément et dans le bon ordre. Identifiez les urgences. Déléguez.