Combien ça coûte de créer une entreprise ?

Cela fait maintenant un peu plus de 3 mois que j’ai créé Skriv, et on m’a demandé plusieurs fois combien cela m’a coûté. Il est difficile de donner directement un chiffre, donc je vais essayer de détailler un peu les choses ici, s’entendant que cela ne s’applique qu’à mon cas particulier.

Si l’exercice est un peu délicat, c’est parce qu’il faut séparer deux types de dépenses : celles qui sont absolument nécessaire à la création de l’entreprise d’un point de vue légal, et celles qui sont tout autant indispensables mais qui varient en fonction de votre contexte et de vos choix.

Le capital social

On parle beaucoup du capital social. En France, il doit même être annoncé dans tout un tas de documents légaux, ce qui est étrange parce que cela ne veut pas dire grand-chose. Le capital social représente l’argent qui a été investi dans l’entreprise à sa création ; ou en tout cas une partie de cet argent. Mais à un instant donné, cela ne reflète en rien la santé financière de l’entreprise − qui a très bien pu tout dépenser.

Il y a une petite astuce qui se fait de plus en plus, c’est de limiter le capital social à une valeur assez faible (par exemple 1000 €) ; le reste de l’argent investi dans l’entreprise par ses créateurs est déposé sur le compte courant d’associés. Ainsi, cet argent étant simplement mis à la disposition de l’entreprise, il sera possible de le récupérer par la suite, alors que le capital social appartient à l’entreprise et ne peut pas être repris.

Et le fait que le capital social soit de 1000 € n’est pas un problème lors d’une levée de fonds. Là encore, ce montant est décorrélé de la réalité. Par exemple, j’ai entendu parler d’une startup ayant fait une levée de fond de 2,4 millions d’euros (il me semble), et dont le capital social est alors passé de 1000 € à 1240 €, le restant passant en prime d’émission.

Frais « légaux »

Il y a trois frais inévitables lorsque l’on crée une entreprise.

  1. Pour commencer, il faut faire paraître une annonce légale dans un journal faisant partie d’une liste fournie par votre CCI (Chambre de Commerce et de l’Industrie).
    Personnellement, je suis passé par Le Parisien, qui offre une interface web pour le faire, assez facile et rapide à utiliser. Prix : 118,80 €
  2. Fort de cette parution légale, vous pouvez aller à la CCI pour faire enregistrer votre entreprise. Les droits de greffe sont à payer au Greffe du tribunal de commerce. Prix : 41,50 €
  3. Quelques jours ou semaines après la création de l’entreprise, on reçoit un courrier au sujet de la déclaration des bénéficiaires (actionnaires), avec un nouveau chèque à faire à l’ordre du Greffe du tribunal de commerce. Prix : 54,32 €

Il s’agit là du minimum sans lequel une entreprise ne peut pas exister. Sauf que pour éviter tout problème, il vaut mieux ajouter deux choses en amont :

  • Passer par un avocat pour faire rédiger les statuts de l’entreprise. Un bon avocat passera du temps avec vous pour comprendre votre situation et vos besoins, et adaptera les statuts en conséquence. Je suis très satisfait du travail réalisé par mon avocat, pour un prix plutôt inférieur à la moyenne du marché. Je ne conseille pas de faire rédiger les statuts gratuitement par un comptable ; un avocat saura mieux s’en occuper (du moins c’est mon avis, j’avoue avoir peu de recul sur la question). Prix : 300 €
  • Au moment de déposer le dossier à la CCI, le moindre petit grain de sable amène au refus pur et simple. Il vaut donc mieux faire appel à l’offre d’assistance à la création d’entreprise. Un employé de la CCI vous reçoit alors et passe en revue avec vous les différentes pièces que vous apportez, et répond à vos éventuelles questions. Prix : 60 €

Nous arrivons donc à un total de : 574,62 €

Avec ça, votre entreprise est créée. Maintenant il y a tout plein d’autres frais qui vont se rappeler à vous.

Autres frais

Dans les autres actions à mener, la première à prendre en considération (parce qu’il faut entamer les démarches avant de créer l’entreprise), c’est évidemment l’ouverture d’un compte bancaire professionnel. Et là, les choses sont très variées d’une banque à une autre et même d’une agence à une autre.
J’ai eu la chance d’avoir une offre assez intéressante : Je n’ai pas de frais mensuels pendant un an, seuls les mouvements (entrées et sorties d’argent) se voient « taxés » sur un petit pourcentage. Dans l’ensemble, pour une startup qui va faire peu de chiffre d’affaire au début de son activité, c’est extrêmement intéressant.

Autre chose à laquelle il est impossible de le dérober : il vous faut un comptable. Je suis passé par une offre en ligne. Prix : 82,80 € / mois

La plupart du temps, on a besoin de prendre une assurance responsabilité civile professionnelle. Il ne faut pas hésiter à comparer les tarifs des assurances. Prix : 30 € / mois

Quand on crée une startup, on a besoin d’une visibilité sur le web. Donc il faut acheter un nom de domaine, et payer un certificat SSL.
Pour le nom de domaine, les prix sont incroyablement variables, suivant le type d’extension que vous choisissez (je vous conseille quand même fortement le .com très standard), et si ce nom est disponible ou si vous devez le racheter à quelqu’un. Dans mon cas, j’ai acheté plusieurs noms de domaines (et le domaine skriv.com était mis en vente par une entreprise dont c’est le business, il m’a coûté cher).
Prix minimum : 12 € pour un .com et 36,90 € pour un certificat wildcard

Pour peu qu’une startup soit technologique, on a besoin d’au moins un serveur. On a de la chance, il y a maintenant des offres Cloud vraiment pas chères, c’est très pratique pour commencer. Prix : 3,58 € / mois

Il faudra que j’écrive un jour un article pour parler un peu de propriété intellectuelle. En attendant, si le nom de votre startup ou de votre service est original, il est important d’en déposer la marque à l’INPI. Prix : 210 €

En attendant de pouvoir louer des locaux, vous pouvez aller travailler dans un espace de coworking. J’en ai trouvé un très bien dont j’ai déjà parlé dans un article précédent. Prix : 80 € / mois

Vous pourrez vouloir créer un blog. Il existe un certain nombre d’offres gratuites et payantes, mais la plate-forme qui monte depuis quelques temps (et qui héberge aussi ceux de Bill Gates et de Barack Obama) a un modèle de frais fixe qui se paye une fois pour toute − ce n’est pas un abonnement. Prix : 65,90 €

On a habituellement besoin d’un minimum d’identité visuelle, via un logo par exemple. Là encore les prix sont très variables, depuis l’ami(e) qui vous dépanne gracieusement jusqu’au graphiste qui vous facturera 1500 € (voire beaucoup plus).

Dernier petit détail, loin d’être une obligation mais quand même utile, je me suis fait faire des cartes de visite. Prix : 13,98 €

Total sur un an

Si on additionne tout ça et que l’on multiplie les abonnements mensuels par 12, on atteint un total de 574,62 + 2695,34 = 3269,96 €

Voilà, créer une entreprise, dans le contexte qui est le mien, ça coûte au minimum 3500 euros (j’arrondis).
Sachant que j’ai eu des frais supplémentaires (noms de domaines, incubateur, …) mais que je n’ai pas eu besoin d’acheter de matériel particulier.

À chacun de voir si ce montant semble élevé ou non. Évidemment, ce n’est pas grand-chose comparé au moindre salaire. Même un stagiaire payé le minimum (soit 15% du plafond horaire de la sécurité sociale − au-dessus il faudra payer des charges sociales) vous coûtera entre 500 et 550 € par mois, soit plus de 6000 € par an…

N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez plus d’informations sur les prestataires par lesquels je suis passé (avocat, banque, comptable, registrar, fournisseur de certificat SSL, hébergeur, espace de coworking, plate-forme de blog, graphiste, imprimeur).

4 commentaires pour “Combien ça coûte de créer une entreprise ?

  1. Bonsoir,

    Merci pour ce retour, à vue de nez je suis sur des montants assez similaires, même si j’ai fait des choix différents (mon expert comptable me coute plus cher mais je ne le regrette pas)

    J’ai créé une SASU en début d’année et dont je suis le dirigeant salarié – je rajouterai qu’il y a aussi les frais générés automatiquement de part la convention collective ; par ex le syntec impose que l’entreprise prenne en compte la base de la mutuelle de ses salariés ou encore la partie prévoyance.

    Le choix du comptable me semble assez stratégique aussi ; en SASU on a une compta d’engagement et pas une compta de trésorerie, donc plus lourde à gérer. Par ailleurs, mon comptable a pu me conseiller sur le choix de la forme juridique la plus adaptée à mon contexte. Il a su aussi m’accompagner via des tableaux de bords mais aussi une disponibilité permettant de répondre à mes questions et surtout d’être serein sur ce sujet et pouvoir me concentrer sur mon activité principale.

    J’avais hésité pour les status avec un avocat – ma femme étant avocate, elle avait une personne à me conseiller – mais au final, j’ai retenu le comptable car il était habitué à accompagner des entrepreneurs. Même si ce n’est pas dans leur coeur de métier, ils peuvent conseiller à la marge sur ce sujet là tant que leur activité principale reste la compta. A contrario, j’avais vu le comptable de ma femme qui était bien incapable de me conseiller sur la partie forme juridique. Il est tombé dans le « moi je n’accompagne que des SARL… »

    Comme pour tout, il faut trouver la bonne personne pour être accompagnée 😉

  2. Pourquoi payer pour une plateforme de blog plutôt que d’en installer gratuitement un sur le(s) serveur(s) ?

  3. Pour plusieurs raisons :
    1. Séparer les sujets d’un point de vue technique. Il vaut mieux optimiser les serveurs pour qu’ils fassent tourner le site de l’entreprise sans se préoccuper du blog. Et si jamais le site venait à tomber, il est toujours possible de communiquer sur le blog qui n’est alors pas impacté.

    2. Se concentrer sur les vrais sujets. Héberger un blog WordPress ou autre, c’est plutôt simple. Mais c’est quand même un peu d’administration à faire (mettre à jour, gérer les attaques de hackers, etc.). Déléguer ça, c’est se donner plus de temps et de tranquillité d’esprit pour travailler sereinement sur le cœur de business. La soixantaine d’euros que coûte Medium est très vite rentabilisée.

    3. La visibilité. Medium est à la fois une plate-forme de publication et un réseau social. Les gens qui y sont inscrits reçoivent des suggestions de lectures suivant leurs centres d’intérêt. C’est une source de trafic à ne pas négliger. Faire un blog « dans son coin », c’est se priver aussi de ça.

    D’un autre côté, ça veut dire aussi se retrouver pieds et poings liés à un prestataire tiers, qui peut faire évoluer son service dans des directions qui ne nous satisfassent pas. C’est un risque qu’il faut avoir en tête.

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